Des vidéos qui mettent en scène le changement climatique aux Comores

 

Une plage sur une île perdue au beau milieu de l’océan Indien – deux jeunes gens remplissent illégalement des sacs de sable doré pour des chantiers. Ils iront les vendre au marché noir. 

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Grand-mère Mchangama explique à son petit-fils l'importance des pratiques agricoles durables

Un peu plus bas sur la côte, une femme vêtue de vieux sacs en plastique prend violemment le maire à partie, lui reprochant les amas d’immondices qui s’étendent à perte de vue sur la plage. 

Un vieil homme s’en prend verbalement à deux jeunes qui abattent des arbres pour fabriquer du charbon de bois – « Vous détruisez votre avenir et la forêt par la même occasion », leur dit-il. 

Dans une petite ferme perchée au sommet des collines, une femme âgée explique à son petit-fils comment faire pousser des cultures sans utiliser de produits chimiques ou de pesticides.

Ces scènes font partie d’une série de sept vidéos tournées aux Comores dans le cadre d'un projet visant à sensibiliser les insulaires au changement climatique et à la nécessité d’un changement d’attitude et de comportement pour une meilleure gestion de leurs ressources naturelles. Ces vidéos, financées dans le cadre du programme AMCC+ aux Comores, ont été diffusées sur les chaînes de télévision locales et sur les réseaux sociaux. 

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Papa Mchangama interpelle deux jeunes gens qui détruisent une plage pour se livrer à l’exploitation illégale de sable

« Ces vidéos s’inscrivent dans le cadre d’une campagne de sensibilisation à grande échelle qui utilise divers médias comme la radio, internet et la presse locale, » explique Ali M Mohammed, directeur du projet AMCC+ aux Comores. « Nous voulions attirer l'attention de l'ensemble de la population sur ces problématiques et leurs enjeux pour les Comores et les aider à faire le lien entre leurs activités et leurs gestes quotidiens et le changement climatique. Beaucoup de Comoriens ne comprennent pas vraiment ce qu’est le changement climatique, ni ses liens avec leur vie quotidienne. Pour les y sensibiliser, nous avons utilisé un langage simple et des vidéos. »

Ces vidéos ont été réalisées par deux cinéastes des Comores, Said Hassane Ezidine et Rafik Daoud Mmadi. Chaque histoire met en scène la famille Mchangama et ses voisins, confrontés à différents défis – déforestation, pollution plastique, érosion côtière, développement urbain et pratiques agricoles non durables. Les textes et les scénarios ont été imaginés par une équipe composée de membres du personnel de l’AMCC+ en collaboration avec une société de production audiovisuelle locale.

« Tous les acteurs sont de jeunes Comoriens, choisis pour leur capacité à interpeller les citoyens au sujet de ces questions délicates, » explique Ali. « Ils donnent vraiment vie aux récits et facilitent ainsi la compréhension des thèmes abordés. Nous avons également produit des versions susceptibles d’être utilisées dans les écoles primaires et secondaires. 
 

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Grand-père Mchangama explique à deux jeunes gens qu’abattre les arbres des forêts est une mauvaise idée

Les vidéos n'ont pas peur d’aborder des « sujets qui fâchent ». L'extraction illégale de sable est vraiment un grave problème aux Comores, où des plages entières sont défoncées et vidées de leur sable qui sera vendu et utilisé pour fabriquer du béton. Papa Mchangama – interprété par Mansour Mmadi Hamadi, un acteur local – explique aux deux jeunes gens que non seulement ils détruisent le littoral, mais qu'ils risquent aussi la prison. « Vous êtes responsables de la destruction de notre littoral ! Vous mettez la communauté en danger », leur explique-t-il en les réprimandant. « Le sable protège la côte. S’il n’y a plus de sable, la mer emportera la côte et les mangroves, et inondera les champs qui ne pourront plus être cultivés. » Il explique ensuite à l'homme qui les a engagés pour extraire le sable que celui-ci ne convient de toute façon pas pour les travaux de construction, à cause de sa teneur en sel. « Voulez-vous vraiment construire une maison qui s'écroulera dans dix ans ? leur demande-t-il.

Autre scène, autre rencontre, autre problématique – Mama Mchangama (Miriam Issa Saher) est tellement en colère contre l’amoncellement de déchets plastiques sur la plage qu'elle va trouver le maire dans son bureau pour lui demander de faire quelque chose. Pour l’occasion, elle s’est confectionné une robe colorée avec de vieux sacs en plastique. Dans la scène finale, le commerçant du coin, Baba Djalou (Mboreha Mohammed Ahmed) adhère à sa cause et décide de faire payer à ses clients les sacs en plastique à usage unique pour les dissuader de les jeter. 

« L'idée était de faire rire les gens – afin qu'ils comprennent mieux les enjeux et s'en souviennent mieux, » explique Ali. « La réaction de toute la population a été vraiment positive. Les films ont été projetés à la télévision nationale, ainsi que dans certaines écoles pilotes et lors de manifestations telles que la Journée de l'environnement, la Journée du changement climatique et la Journée de l'Europe aux Comores. Des ONG locales ont aussi organisé des projections dans les communautés locales. En plus des thèmes évidents, tels que la déforestation et la pollution plastique, les films abordent également la planification urbaine durable, la préparation des repas avec des fourneaux économes en combustible et l'importance des zones protégées. « 
 

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Mama Mchangama porte une robe faite de vieux sacs en plastique pour faire honte au maire et l’inciter à prendre des mesures pour lutter contre la pollution plastique

En 2014, l'Alliance mondiale contre le changement climatique Plus (AMCC+), l’initiative phare de l’UE, a lancé aux Comores un programme de 3 millions d’euros afin d’aider le pays à améliorer sa résilience au changement climatique et à s’adapter à ses pires effets. Le programme met en particulier l’accent sur l’agriculture durable. Quand Grand-mère Mchangama (Anzlati Said Mhadji) reçoit la visite de son petit-fils (Nassila Ben Ali), qui étudie l'agriculture à l'université locale, elle rit quand il lui demande le secret de ses récoltes exceptionnelles. « Il n’y a pas de secret », lui répond-elle. « J’utilise les méthodes de culture traditionnelle que mes parents m’ont appris et qu’ils ont eux-mêmes appris de leurs parents. Les animaux, les plantes, l’eau et les êtres humains doivent coexister en harmonie. » 
 

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